1966-2011 En mémoire de Denis Rigot

Denis Rigot a été un des fondateurs de l’ABAQC et son premier Président.

Il était membre de :
Des Ambassadeurs du Pain, France
AMQ, Association des Moulins (à vent) du Québec
Des Vieux Métiers, des Métiers Vivants, du Québec

Voici un texte qu’il a écrit en décembre 2010 :

Bonjour à tous les boulangers, boulangères de ce monde, voici un résumé de ma vie.

Je me nomme Denis Rigot, j’ai 44 ans, d’origine française, issu d’une famille de douze enfants, je suis le neuvième, du petit village de Chailloué, dans le département de l’Orne (61), de Basse-Normandie. J’ai commencé par un préapprentissage comme beaucoup d’entre nous à 14 ans, dans mon village. Cela fut assez pénible, étant donné qu’après deux mois, le patron ne se levait plus pour faire son boulot et je devais travailler en moyenne 70 heures semaine. Alors un jour, on s’est accroché et je suis parti. J’ai donc été obligé de recommencer mon apprentissage à l’âge de 15 ans, aussi dans l’Orne à Échauffour, chez M. Bernard Auger, qui m’a non seulement donner l’amour du métier bien fait, mais aussi l’envie d’évoluer avec notre métier, par le plaisir des papilles, des odeurs et le désir de le transmettre.

Une fois l’armée finie, je me suis dirigé dans la région parisienne, pour travailler chez M. Presvot, à Aulnay-sous-Bois, 93, une boulangerie semi-industrielle, on parle de 1988, c’est à cette période, que je me suis lancé dans les démarches de chercher un pays, afin d’immigrer, c’est là ! Que mes amis de l’époque me disaient :

«Oui, oui, on veut aller avec toi.»

Et je leur répondis

«Pas de problème, moi je pars dès que j’ai mon visa pour le Québec, faites les démarches qu’il faut et l’on se retrouve à l’aéroport de Roissy».

Cela m’a quand même pris un an, pour avoir mon visa, pour le Canada et partir le 22 août 1989. Je me suis levé à 5 h du matin de notre appartement, un F2, où nous nous partagions l’espace à 4 et parfois 5 copains de Normandie. Je me suis retourné pour les regarder dormir et je suis parti avec mes trois sacs, mon visa, mes 900 dollars en poche et un billet d’avion, aller simple.

J’avais quand même réservé une nuit à l’hôtel à Montréal, ce qui d’ailleurs, a beaucoup surpris des universitaires québécois de retour à Montréal, quand ils se sont aperçus en discutant avec moi, que je n’avais pas vraiment d’idée ou aller, que je n’avais pas encore mis les pieds au Canada, c’est alors que certain d’entre eux, m’ont proposé de m’héberger le temps que je me place.

Ce qui ne m’a pas pris plus d’une semaine, pour faire valider mes documents, afin d’être en règle, car oui, à la douane de l’aéroport, il valide votre visa. Mais après, il vous faut voir pour la carte d’assurance maladie, carte de l’assurance sociale, qui elle vous permettra de vous trouver un emploi déclaré, faire reconnaître votre permis de conduire et une chose qui à mon avis, qu’il ne faut pas négliger pour votre avenir, faite faire l’équivalence de tous vos diplômes, par l’éducation québécoise ce qui vous aidera.

Et me voilà, dans l’aventure, ce ne fut pas facile; à 22 ans vous quittez tous vos repaires, vos amis, tout ce qui vous fait, tant moral que physique et oui, le décalage horaire, le travail de nuit et quand je dis la nuit, c’est bien ça, en moyenne de 22 h à 7 h.

Mais que fût ma surprise au début, au travail, de pouvoir faire du pain en même pas une heure et demie, du fait qu’à l’époque, on mettait dans la farine du bromate de potassium, qui par la suite, a été interdit par le gouvernement. Quelques années plus tard, en 1996, j’ai appris que ce produit était hautement cancérigène et que l’Europe l’avait déjà interdit depuis 1930, il me semble. Surtout qu’ici, les farines de l’Ouest canadien sont assez fortes, en moyenne 14 % de protéines (gluten)

Dans les années, qui ont suivi, je me suis promener dans le Québec, dans l’Ouest et l’Est du Canada, tout en travaillant pour différentes ethnies, Québécoises, Italiennes; Grecques, Juives, etc. En même temps, j’ai pris des formations, telles que Gestion de pâtisserie et cuisine, en informatique, en sécurité au travail et en hygiène. C’est d’ailleurs à cette période que j’ai rencontré ma douce et bien aimée Diane.

Nous avions décidé de partir en Australie, je suis donc parti trois mois, à la Pâtisserie Laurent, à Melbourne, en 1999, pour éventuellement y immigrer, mais vu que l’on a voulu m’exploiter en me promettant un visa, qui n’est jamais arrivé, je suis revenu au Québec.

Cela, m’a donné énormément d’expérience, la dernière boulangerie artisanale pour qui j’ai travaillé à temps plein, se nomme : la Boulangerie Première Moisson, c’est la maison mère qui se situe dans la ville de Vaudreuil-Dorion, à l’Ouest de Montréal. Tout au début, il n’y avait que cinq ou six boulangeries situées dans la région de Montréal, maintenant il doit y en avoir 18.

Je me rappelle, quant il y a eu cette fameuse crise du verglas, au Québec, en 1998 ou les pylônes électriques s’écroulaient sous le poids de la glace, donc plus de courant. Nous avions un four à bois, ce qui fait que pour cuire pas de problème, mais pour faire la pâte, nous avons trouvé un équipement hors du commun, quand on y pense, mais logique, une bétonneuse, elle fonctionne à l’essence, donc pas de trouble, sauf que nous devions par mesure de sécurité, pétrir dehors à moins 30°C, je peux vous certifier que l’on coulait l’eau très chaude et on arrivait à faire de belles miches. On l’a fait que quatre jours, de toute façon les gens n’avaient plus d’argent liquide, les guichets automatiques eux aussi ont besoin d’électricité.

Ce qu’il faut savoir dans mon histoire, c’est que tout n’a pas été toujours rose, à un moment donné, j’ai voulu créer ma boulangerie, j’avais fait les démarches, un plan d’affaires, trouver la localisation et j’avais entamé les approches auprès des banques. Jusqu’au moment de faire une chute en vélo, dans la descente de la rue Berri pour ceux qui connaissent et voilà que je me retrouve avec un bras cassé. Mais ce qui en a découlé par la suite, ce fût la découverte d’une arthrose avancée au poignet droit et l’obligation de changer de métier ou de travailler avec une orthèse, qui vous bloque la rotation du poignet.

Je me suis donc repris en main, en 2001, je travaillais 40 heures semaine dans un supermarché la nuit, j’ai en même temps commencé à enseigner la boulangerie et la pâtisserie, au moins deux jours semaine, ainsi que des formations d’une semaine à des adolescents en phase de décrocher de l’école, tout ça dans le Centre de Formation Professionnelle Calixa-Lavallée, à Montréal-Nord.

Tout en faisant mon Certificat d’enseignement, aux deux fins de semaine à L’Université de Sherbrooke, le tout pendant trois années.

Par la suite, il a fallu que je change de centre de formation, par manque d’élèves, et oui, car ici, s’il n’y a pas assez d’inscriptions, vous n’avez pas de contrat, il vous faut trouver un autre emploi. Ce qui m’a amené à Longueuil, une ville au sud du fleuve St Laurent et de Montréal, pour enseigner au CFP Jacques-Rousseau, là, j’ai donné des cours de boulangerie pour le DEP (Diplôme d’Étude Professionnel). J’ai également réalisé une formation d’aide boulangers adaptée pour des malentendants et des déficients légers contrôlés, superbe aventure, cela a beaucoup amélioré ma pédagogie d’enseignement.

Je fus surpris, quant on m’a approché pour m’embarquer dans une autre aventure, celle de devenir coopérant pour SACO, qui est un organisme travaillant avec l’ACDI, (l’Association Canadienne de Développement International) pour l’Afrique, au Burkina Faso afin d’aider les entreprises en alimentation.

Du coup, à mon retour, je me suis décidé à finaliser le Bac, j’avais déjà mes 30 crédits du Certificat, il ne me restait plus qu’a allez chercher les 90 autres crédits, j’ai complété le tout en deux ans. Cette démarche m’a confirmé le plaisir que j’ai d’enseigner et d’obtenir ainsi mon brevet d’enseignement.

Vu, que ce que j’avais entrepris, s’était en général finalisé, je me suis alors lancé dans autre chose, en premier faire reconnaître le métier de boulanger, au Québec, il faut que vous sachiez que le DEP de boulanger, n’existe que depuis quinze ans maintenant. Mais pour nous Européens qui sont habitués aux formations, pour des adolescents, chez l’employeur d’une durée en moyenne de deux ans. Ici, il s’agit d’une formation donnée aux adultes de 16 à 70 ans, pas de restriction l’école est publique, il y a une formation que l’on nomme le PAMT (Projet d’Apprentissage en Milieu de Travail) qui abouti seulement à un Certificat.

Du coup, pour valoriser ce métier, j’ai fait parti de plusieurs associations comme :
Les Vieux Métiers, Les Métiers Vivants de Longueuil 2005
Les Ambassadeurs du Pain, de Lyon 2007
L’Association des Moulins (à vent) du Québec 2008
Ses associations me permettent d’échanger, de suivre l’évolution de la boulangerie.

Avec le fil du temps, je suis devenu consultant pour les boulangeries, mais aussi pour deux moulins du Québec :
Le Moulin de Soulanges, spécialisé dans la farine issue d’une culture de blé 100% Québécoise, situé à St- Polycarpe, à l’Ouest de Montréal.
Le Moulin La Milanaise, spécialisé dans les farines et les céréales Biologiques, situé à Milan, au Québec.

Bien sûr, je continue l’enseignement, je suis heureux de pouvoir le pratiquer à la nouvelle école qui vient d’être inauguré, août 2010 :
L’École Hôtelière de Montréal Calixa-Lavallée, à Montréal-Nord.

Il faut savoir que nous sommes plusieurs, qui en ce moment se questionnent sur la possibilité de créer une Association d’Artisans Boulangers au Québec, puisque ce qu’il y a, ne nous représente sur aucun niveau, dans le domaine de la boulangerie artisanale.

Que ce soit le Conseil de la Boulangerie Québécoise ou Baking Canada.

Pourquoi une association ? Par ce qu’il nous faut promouvoir ce métier, qui est méconnu ici, aidez ceux qu’ils le veulent en répondant à leurs questions, voir à la formation que l’on donne autant en entreprise, mais aussi dans les Centres de Formation Professionnelle.

Entre temps, Je m’occupe via les Ambassadeurs du Pain, du suivi de l’équipe Canadienne, composé de deux personnes, d’un chef, Martin Falardeau, copropriétaire de la boulangerie le Pain dans les Voiles et de son apprenti, Hubert Locuratolo qui devraient participer au prochain Mondial du Pain, qui aura lieu en 2011, en France.

Afin de faire connaître les farines à l’extérieur du Québec, je travaille avec une belle équipe, qui est composé de la Meunerie La Milanaise et du Moulin de Soulanges, on se prépare pour le prochain salon, le SIAL, qui aura lieu en mai, à Toronto, nous ferons des démonstrations avec leurs farines.

Nous avons beaucoup de projets en routes, qui je l’espère aboutiront.

Voilà, le 22 août 2011, cela fera 22 ans que je suis arrivé au Québec, je ne regrette pas le fait d’être parti, j’ai eu une vie bien remplie, des rencontres fabuleuses. Ce métier m’a permis de faire tant de choses, le temps a passer si vite et il me reste beaucoup à faire.

J’aime ce métier, ceux qui me connaissent, savent bien l’importance qu’il a eu dans ma vie, la première qui pourrait vous le dire et sans nul doute mon épouse, elle m’a toujours appuyé dans tout ce que j’entreprenais.

J’aimerai remercier, ceux qui un jour, ont pris la décision de me faire confiance, merci à ma mère, qui malgré ses douze enfants à fait du mieux qu’elle le pouvait, pour nous élever.

J’ai écrit un jour cette phrase afin de ne jamais oublier d’où je viens :

La richesse n’a d’égale que la valeur qu’on lui accorde.

Puis je l’ai adapté à mon enseignement :

La richesse d’un apprentissage n’a d’égal que la valeur qu’on lui accorde.

Denis Rigot, enseignant/consultant en boulangerie